Les Capétiens, naissance d’une dynastie nationale.

1 / HUGUES CAPET (987-996)

a/ Hugues, duc des Francs.

Hugues Capet fut le petit-fils de Robert Ier, roi des francs (922-923), sa famille eut du prestige avec l’arrêt des Vikings à Paris (885-886), par Eude, comte de Paris qui deviendra roi des francs.

Son père fut Hugues le Grand (898-956) refusant une royauté bancale pour ne pas  perdre ses bénéficies, il met sur le trône l’héritier carolingien, Louis IV d’outre-mer qui le nomme dux francorum. Mais doutant de l’accroissement du pouvoir et de l’influence, le roi carolingien lui déclare la guerre mais il est perdant. Il épousa la fille d’Henri Ier l’oiseleur, empereur du Saint Empire et ils auront autre Hugues Capet qui héritera le titre du duc des Francs. Hugues reçoit une éducation rudimentaire, plus apte à faire la guerre : il apprend à monter à cheval, tirer à l’arc et à combattre corps à corps. Hugues n’apprendra jamais à lire, écrire et n’aura aucun goût pour ni pour les arts et ni pour le latin. Mais il reçoit une éducation religieuse solide.

Il apprend son métier de duc, qui lui servira pour celui de roi, grâce à son père, qui l’accompagne dans ses chevauchées à travers ses domaines. Hugues le Grand est intelligent, fin diplomate et politique avisé, qualités qui héritera son fils, notre futur roi.

b. Un nouveau roi, une nouvelle dynastie.

A la mort de Louis V, Hugues Capet devient donc le 3 juin 987, roi des francs. Il est reconnu par l’ensemble des peuples qui constituent la Francis Occidentale :

« Le duc fut porté au trône et reconnu roi par les Gaulois, les Bretons, les Normands, les Aquitains, les Goths, les Espagnols (du comté de Barcelone) et les Gascons. »
— Richer de Reims, Histoire, IV, v. 990

Il est sacré  à Noyon, le 3 juillet 987. Lors de son sacre, il promet :

« Je promets à chacun de vous [les évêques] de lui conserver le privilège canonique, la loi et la justice qui lui sont dus et de vous défendre autant que je le pourrai, avec l’aide du Seigneur, comme il est juste que le roi agisse en son royaume envers chaque évêque et l’Eglise qui lui ai confiée ; je promets de concéder de notre autorité au peuple qui nous est confié une justice selon ses droits »

Plusieurs raisons ont amené les grands à élire Hugues Capet. Tout d’abord, Hugues est issu d’une lignée prestigieuse, sa famille a déjà accédé à la couronne royale, il est à la tête de réseau vassalique, et il est carolingien par sa mère, une Vermandois et Ottonien par Henri Ier l’oiseleur. Il a toutes les vertus et la foi chrétienne, pour être un bon roi, soucieux de la Respublica. Son concurrent le plus sérieux, fut Charles de Lorraine, dernier carolingien, oncle de Louis V. En théorie, il était légitime, car carolingien. Mais Adalbéron de Reims argumenta sur le fait que Charles de Lorraine.

« Nous n’ignorons pas que Charles [de Lorraine] a des partisans : ils soutiennent qu’il a des droits à la couronne, transmis par ses parents. Mais on ne doit porter sur le trône qu’un homme exceptionnel par la noblesse du sang et la vertu de l’âme. Or, Charles n’obéit pas à l’honneur, il a perdu la tête au point de s’être remis au service d’un roi étranger Otton II et d’avoir pris femme dans une classe inférieure de la noblesse. » Richer de Reims, Histoire, IV, v. 990.

« En acceptant, avec le duché de Basse-Lorraine, la vassalité de l’empereur, Charles était devenu un étranger au royaume et ne pouvait plus revendiquer le trône 1 »

1 L’argument de Richer est intéressant pour l’histoire du sentiment national en France. Il préfigure celui qu’invoqueront en 1328, à la mort de Charles IV le Bel, les grands de France pour préférer à Edouard III d’Angleterre, neveu du défunt roi et sont plus proche parent, le comte Philippe de Valois, son cousin germain. Ce dernier dira un chroniqueur de l’époque, « était du royaume » alors qu’Edouard III ne l’était pas. » Yves Sassier, Hugues Capet, p 196

Il est assez intéressant de constater que dès le Xème siècle, la nationalité du prince pouvait avoir des conséquences sur ses futures qualités de roi. Celle-ci s’affirmera au XIVème et au XVIème siècle avec l’arrêt Lemaistre de 1593. Ainsi, Hugues Capet fut élu en qualité de prince national. Jacques Bainville.

L’autre raison est plus paradoxale. Adalbéron favorise l’élection d’Hugues Capet, au détriment de Charles de Lorraine, car il est partisan de l’Empire. D’ailleurs, Louis V l’avait trainé en justice, à Compiègne, pour le juger comme traitre. Sa mort arrangea bien l’archevêque. Ainsi, il veut écarter le dernier carolingien pour favoriser les Ottoniens. A cette date, l’empereur est le jeune Otton III, qui est encore mineur. Hugues Capet est un homme mûr. Ainsi, il pense qu’à la mort du nouveau roi de Francs, Otton III sera acclamé comme roi de la Francis occidentale, et d’unir sur sa tête, la chrétienté latine. Mais c’est méconnaître Hugues Capet et les siens. Toutes l’histoire de cette dynastie est l’affirmation de leur souveraineté contre les empereurs du Saint-Empire. La dynastie capétienne fut installée par la volonté des empereurs, et celle-ci finira par vaincre l’empire.

Afin d’asseoir sa famille sur le trône des francs, Hugues trouve le prétexte d’une aide militaire au comte d’Espagne (Barcelone) en lutte contre les musulmans, pour faire acclamer et sacré son fils Robert à noël 987. Au début, Adalbéron fut contre, mettant en mal ses idées impériales. Mais l’argumentation du roi lui fit changer d’avis.  Ainsi, en cas de mort d’Hugues Ier, son fils sera son successeur. Cette pratique sera abolir sous Philippe II, ne doutant pas de sa légitimité ne fera pas sacre son fils, Louis, de son vivant. Bien sûr, Hugues Ier ne guerroya jamais en Espagne.

Hugues instaure la progéniture masculine qui ne sera pas contestée jusqu’en 1316, dit « le miracle capétien ».

c. Un roi guerrier.

Ainsi, la légitimité d’Hugues Capet fut faible. Il fut contesté par une partie des « légitimistes » carolingien et le premier d’entre eux. Celui-ci le fit une guerre et prit en 988 la ville de Laos. Adalbéron mourut, Hugues favorisa l’élection d’Arnould, neveu de Charles comme archevêque de Reims, pour calmer les ardeurs du carolingien. Mauvais calcule, l’archevêque aida son oncle à rentrer dans la ville, en 989. Hugues rentre en guerre, contre le carolingien. Hugues Ier souhaite négocier avec lui à Reims. Mais  l’évêque de Laon, Adalbéron, malgré sa fidélité à Charles, le trahit et le livre avec son neveu, à Hugues. Charles est enfermé à Orléans et mourra en 991. Ses fils, Otton et Louis mourront en 1012, sans descendance et s’éteindront avec eux, l’illustre lignée des Carolingiens. L’attitude d’Adalbéron et d’Hugues choquèrent leurs contemporains.

Outre un parti « légitimiste » ou « carliste », il existe un parti impérial, rêvant d’unir l’ancien empire franc sous la même tête, le même qui a mis Hugues Capet sur le trône peu glorieux des francs. Celui comporte Eude Ier de Blois, cousin Hugues Capet par les Vermandois et Robert Ier de France, par les femmes, et Adalbéron de Laon, souhaitant destituer les deux rois capétiens, au profit d’Otton III, en 995. Avertis, les deux rois ont déjoué le complot.

En 991, Eude de Blois vise la ville de Melun, qui pourrait unir son territoire. La ville est placée sous l’autorité du roi, et il sait qu’une prise par la force lui serait fatale. La ville appartenait à un de ses aïeux, ainsi il corrompre l’administrateur.  Les deux rois sont furieux. Richard Ier de Normandie, allié des capétiens,  Foulques Nerra et Bouchard se lancent contre Eude, celui-ci est vaincu. Enfin, Eude lance une attaque sur la château de Langeais, mais il est mis en échec et meurt quelques temps après. Son fils Robert II voudra épouser sa veuve, Berthe de Bourgogne,  et répudie sa première femme Rozala, en 992, contre l’avis de son père.

Hugues Capet ne fut certainement pas un grand roi, il a juste mis la première pierre de la grande famille capétienne.

Il a su appuyer la réforme monastique, qui donnera un nouveau souffle  à la chrétienté. Enfin, il met au pas les barons rebelles, politique suivie jusqu’à Louis XIV.

Il meurt en  le 24 octobre 996, après un pèlerinage sur la tombe de son ami Mayeul. Selon le moine Helgaud, Hugues confie à son fils ces quelques mots :

« Je t’adjure, au nom de la Sainte et Indivisible  Trinité,  de ne pas livrer ton âme au conseil des flatteurs, de ne pas écouter les vœux de leur ambition, en leur faisant un don empoisonné de ces abbayes que je te confie. Je souhaite également qu’il ne t’arrive point, conduit par la légèreté d’esprit ou ému par la colère, de distraire ou d’enlever quelque chose de leurs biens. Mais je te recommande surtout de veiller à ce que, pour aucune raison, tu ne déplaises jamais à leur chef commun, le grand Benoît ».

Bibliographie,

Yves Sassier, Hugues Capet, 1987

Jacques Bainville, Histoire, de France, Fayard, 1924

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