II. Le refus du trône ou le mirage romantique.

a. Une éducation providentialiste.

de-maistre

Tout d’abord, tout comme Louis XVI, éduqué dans les idées de Fénéon d’un « souverain flasque, sans nerf, sans force, sans volonté, un chef qui n’ose ni se montrer, ni agir, ni gouverner » Pierre Gaxotte, et plus rousseauiste pour Louis-Philipe pensant que l’émergence de la République et de la démocratie s’inscrivait dans le sens de l’histoire, le comte de Chambord fut victime, lui aussi de son instruction. Il fut éduqué dans les idées maistrienne, laissant tout à Dieu, et rien aux hommes. Si, Henri V monta un jour sur le trône, cela ne serait que pure volonté divine, il n’aurait qu’à se laisser mener. De Maistre disait : La Révolution étant une œuvre diabolique, la contre-révolution ne peut-être que divine ».Ces trois princes furent élevé dans un fatalisme, qui fut l’opposé de l’éducation traditionnel des Bourbons, ancré dans les réalités politiques et la volonté des monarques.

b. Un prince romantique.

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Tout comme son grand-père, Charles X, le comte de Chambord fut aussi victime du « terrible XIXème siècle », c’est-à-dire le romantisme. Nous pouvons détecter dans le règne de Charles X des marques du romantisme. Sa volonté d’incarner un prince chrétien et chevaleresque, l’idée d’un retour à une chrétienté médiévale, (nous pouvons le voir lors de son sacre) et ainsi, une politique étrangère idéaliste, renouant avec l’idée de Croisade contre les infidèles, comme la guerre contre les Ottomans pour l’indépendance de la Grèce, et la guerre contre le dey d’Alger, pour mettre fin à l’esclavage des chrétiens par les musulmans.

Son petit-fils, baigné de Chateaubriand, et de Lamartine, ses écrivains préférés, voulut aussi incarner ce prince romantique. Prince recherchant la pureté (drapeau blanc), il était d’un fatalisme rejoignant son providentialisme. Tout comme son grand-père, il n’avait aucun sens politique concret. L’historien Daniel Halévy a très bien résumé :

Ce prince, qui faisait écho aux stances d’un poète, faisait-il son devoir de roi ? Les Allemands étaient à Saint-Denis, le trésor était vide, chaque minute avait son exigence. Quel Capétien ne l’eût compris ? […]Chambord n’est pas un homme de l’ancienne France, son acte ne se relie en rien à la tradition toute réaliste de nos rois. Chambord est un enfant des émigrés, un lecteur de Chateaubriand. Sa lettre est la dernière, non la moins belle des grandes odes romantiques. […] La décision du comte de Chambord est, dans cet ordre, un acte révolutionnaire : par elle, une des plus solides appuis des anciennes classes dirigeantes est brisé […]. Par elle, la Monarchie française quitte terre, devient légende et mythique. Elle aura, sous cette forme, de singuliers, d’ardents réveils »

c. Quel drapeau, pour quel contrat social  pour la France?

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La question du drapeau blanc ou tricolore sous-entendait la question du contrat social envers la nation. La lettre de Chesnelong du 30 septembre 1873 nous éclaircit bien. La Restauration qu’on lui proposait émanait de la chambre, représentant d’une majorité passagère. Celle-ci voulait faire du comte de Chambord, son roi avec certaines conditions politiques et sociales. Comme nous l’avons vu plus haut, le comte de Chambord n’était pas hostile à une monarchie constitutionnelle garantissant le suffrage universel et les droits hérités de la Révolution. Mais, les circonstances de son ascension aurait été dépendante des querelles parlementaires. Selon lui, à la moindre révolte, ou changement de majorité, il aurait fini comme son grand-père.

Ce n’est pas tout à fait faux, Les propos du comte de Daru, confirme ses pressentiments : Nous avons notre drapeau et notre constitution, si M. de Chambord les accepte, il sera notre roi, s’il les repousse, nous nous passerons de lui ».

Le drapeau tricolore traduisait cette conception du contrat social, émanant du peuple indirectement.

Le comte de Chambord voulait être roi, non par volonté d’une chambre, mais par ses droits qui lui confère sa naissance. Quoiqu’il arrive, il était malgré tout le roi. Ainsi, son ascension et sa reconnaissance par les français devait passer par une sorte de politique du miracle ». En 1873, il aurait voulu être présenté à l’assemblée nationale et se faire acclamer par les députés comme roi, sous l’effervescence émotionnelle. Ainsi, il voulait renouer avec le côté irrationnelle et magique de la royauté française, du roi thaumaturge, de la colombe du Saint Chrême… Le XIXème siècle baigne dans les apparitions mariales en France, pouvant espérer un miracle venant du ciel. Ainsi, le drapeau blanc exprime cette conception du pouvoir, dont, l’autorité était aux mains du « lieutenant du christ. » Il reste fidèle à son providentialisme qui lui dicte d’être « le jouet » de la Providence, et non des hommes.

Dans cette optique, il prôna la politique du pire en 1874 et 1875 en s’alliant aux républicains contre les orléanistes, en poussant jusqu’au bout la logique révolutionnaire du contrat social et provoquer le chaos, d’où il apparaîtrait comme l’ultime recours, pour remettre de l’ordre.

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